« Yvonne de Gaulle n’était pas qu’une ménagère dévouée »  

 
Auteur de « Les de Gaulle, Elle et Lui » paru au printemps, Henry Gidel, auteur parisien   aux origines ch'tis, rectifie dans cette biographie du couple l’image d’Yvonne de Gaulle,   née Vendroux à Calais. Oui, De Gaulle n’aurait pas été De Gaulle sans elle. Interview. 

CALAIS.

Pourquoi vous êtes-vous intéressé au couple De Gaulle ?
« J’y ai vu une nouvelle façon de parler des grands hommes, en parlant en même temps de leurs épouses, ce qui était souvent négligé : on les considérait comme inexistantes, sans intérêt, c’était injuste. Devant le succès de ma biographie des Pompidou, je me suis dit pourquoi ne pas faire la même chose avec De Gaulle ? »
Vos recherches sur Yvonne de Gaulle vous ont-elles mené à Calais ?
« Moi, je suis né à Condé-sur-l’Escaut. J’allais en vacances à Calais chez ma tante qui était fleuriste, mais je n’y suis pas revenu pour ce livre : j’avais suffisamment de documents. Geneviève Moll et Frédérique Neau-Dufour ont écrit sur Yvonne, mais sans se préoccuper du Général. J’ai rapproché les deux, ce travail n’avait jamais été fait. Or c’est important, car ce que je montre, c’est l’influence de l’épouse sur l’époux. »
De Gaulle disait d’elle : « Sans Yvonne, rien ne se serait fait »…
« Pour lui, le rôle de l’épouse a été absolument capital. Quand un homme comme lui se retrouve avec des crises de découragement, elle le supporte. Elle se comporte avec tact envers un homme qu’elle adorait. Il est étonnant de voir une telle union sans faille. Elle lui apportait la stabilité émotionnelle : ce qu’a fait De Gaulle, c’était très dur, en 1940. Ils n’étaient pas nombreux. »
Elle n’était donc pas seulement tante Yvonne, la ménagère dévouée ?
« Elle n’était pas que cela. Elle aussi avait son caractère. Avant qu’elle ne connaisse De Gaulle, elle refusait parfois de dire bonjour si elle ne le voulait pas. Et puis, elle lui a été utile dans d’autres circonstances : il lui lisait ses Mémoires, et tenait compte de l’attitude de sa femme. Quand il a créé le RPF (Rassemblement du peuple français), elle lui a dit qu’il se trompait ; il s’est aperçu ensuite qu’elle avait un sens politique, une espèce d’intuition. On ne savait pas à quel point elle lui était précieuse. »
Yvonne rêvait d’une vie modeste et simple et après son coup de foudre, elle se retrouve l’épouse d’un destin historique…
« Comment épouser un monument historique ? Elle ne le savait pas. Mais elle a deviné que c’était un homme exceptionnel. C’est assez romanesque. Je crois en ses grandes qualités d’adaptation à toutes sortes de circonstances : elle l’a suivi au Moyen-Orient, à Londres, partout… »
C’était une femme très réservée, qui détestait toute forme de publicité. Pourtant, lors de ses venues à Calais avec son mari en 1959 et en 1966, elle défile à ses côtés…
« Elle était une Vendroux, elle ne pouvait pas faire autrement. Les Vendroux, c’étaient de grands industriels et hommes d’affaires de la région, des gens très fortunés. Les Calaisiens lui en auraient voulu. Or c’est une femme qui savait ce qu’il fallait faire ou ne pas faire. Malgré son désir de ne pas être remarquée, elle a dû sentir que ça aurait été une insulte envers les Calaisiens. »
Finalement, Charles appartenait-il plus à la France ou à Yvonne ?
« Aux deux, je crois. Dans mon livre, je publie une photo d’eux que j’aime beaucoup : ils sont de dos, comme un vieux couple. Cela marque bien leur union. »
« Les de Gaulle. Elle et Lui », par Henry Gidel, 2018, chez Flammarion. 22 €.